Espace et Médecine

Rubrique sous l'égide du Dr Seamus Thierry, anesthésiste Réanimateur GHBS

Youri Gagarine fut le premier homme à voyager dans l’espace le 12 Avril 1961. Depuis, plus de 500 hommes et femmes ont connu ce privilège, 26 d’entre eux ont participé à des missions jusqu’à la Lune et 12 y ont posé le pied.

 

           En Avril 2019, année célébrant les 50 ans de la mission Apollo 11 et le premier Homme sur la Lune, la NASA a annoncé un nouveau programme spatial habité dont l’objectif sera d’amener un équipage à s’établir de façon pérenne sur le sol lunaire à l’horizon 2024.

 

          Ce programme est baptisé « Artemis » en l’honneur de la déesse grecque de la Lune. Elle est dans la mythologie également la sœur d’Apollon, permettant ainsi de rendre hommage au programme lunaire américain Apollo des années 1960 et 1970.

 

        Ce projet de retour sur la Lune et d’établissement de bases permanentes traduit le regain d’intérêt des agences spatiales nationales et commerciales pour les missions d’exploration au-delà de l’orbite terrestre. La Lune ne serait qu’une étape avant un programme plus ambitieux d’exploration martienne, dont la date n’est pas encore connue et qui présente de nombreuses difficultés non résolues à ce jour.

 

         Actuellement, la présence de l’être humain dans le milieu spatial est restreinte aux stations orbitales : ces stations sont situées à une altitude moyenne de 300 à 400 km sur l’orbite terrestre basse. La plus grande d’entre elle est la Station Spatiale Internationale (ISS). Fruit d’une coopération internationale, elle est habitée en permanence depuis le début des années 2000. D’autres stations orbitales ont existé, lors de programmes américains (Skylab), russes (Almaz, Saliout et la fameuse station Mir) mais aussi chinois (Tiangong 1 et 2).

A ce jour, l’ISS est la seule station orbitale en activité en attendant le déploiement de la future station chinoise Tiangong 3 vers 2020.

 

        La médicalisation de ces aventures humaines a permis de faire naître une nouvelle spécialité : la médecine aérospatiale. Elle est transversale et s’intéresse aux conséquences de ce milieu sur le corps et l’esprit humain, ainsi que sur les capacités d’adaptation et les moyens de prévention disponibles pour maintenir l’humain dans son étroite homéostasie.  

 

 

Crédit : NASA Earth Images
Crédit : NASA Earth Images
Plan de la mission Artemis dans la phase initiale, sans équipage humain. Crédits NASA
Plan de la mission Artemis dans la phase initiale, sans équipage humain. Crédits NASA

Les contraintes du milieu spatial sont multiples et certaines présentent des similitudes avec des conditions médicales terrestres.

 

Elles peuvent à ce titre intéresser plusieurs branches médicales. Nous citerons à titre d'exemple :

- la médecine hyperbare,

- la médecine en milieu isolé (pré-hospitalière, militaire, humanitaire, polaire, maritime, alpine…),

- la médecine cardio-vasculaire, du fait d'un vieillissement accéléré des artères dans l'espace,

- la télé-médecine,

- la chronobiologie.

 

La liste est évidemment plus large, et chaque avancée terrestre réalisée dans une de ces branches peut servir en médecine spatiale. De façon réciproque, toutes les expérimentations biologiques et médicales réalisées en condition spatiale intéressent la médecine terrestre. 

 

L’environnement unique d’impesanteur et d’exposition aux radiations cosmiques hors de la barrière protectrice de l’atmosphère plonge les astronautes et les expériences biomédicales à bord de l'ISS dans des conditions de « vieillissement accéléré ». Nous pouvons évoquer certaines répercussions comme la fonte musculaire, la rigidification des parois artérielles, le déconditionnement cardio-vasculaire, l’immunodépression, la dénutrition… ainsi que les conséquences psychologiques de « privation sensorielle » et d’isolement.